LA PERSÉVÉRANCE SCOLAIRE
Synthèse des propos entendus et autres considérations
Par Robert Bisaillon
Journée de concertation - Persévérance et réussite scolaires
tenue le 28 janvier 2009
à Québec
Il n'y a pas de recette toute faite pour accroître la persévérance scolaire, sinon celle que vous élaborerez ensemble, dans la démarche que vous avez entreprise. Je ne peux qu'insister sur certains ingrédients indispensables, à ne pas oublier, dans la composition de cette recette. À cet égard, mon propos se divisera en quatre parties : le premier sur la notion même de persévérance; le deuxième sur les déterminants de la réussite qui commandent des choix à faire; le troisième sur les niveaux et les types de collaboration à établir entre les milieux concernés et le dernier sur les « conditions gagnantes » à réunir pour que l'entreprise collective porte ses fruits.
1. LA PERSÉVÉRANCE
Persévérer, c'est persister. Dans la racine de ce mot, il y a « severus », c'est-à-dire dur, difficile. La persévérance sera donc faite de patience, de ténacité, de volonté voire d'acharnement. Il s'agit, pour beaucoup de jeunes, d'une sorte de parcours du combattant, où se conjuguent de multiples facteurs, se rencontrent de multiples acteurs à l'intérieur de multiples environnements. Ces choses sont aujourd'hui plutôt bien documentées.
La persévérance est une attitude à développer et à renouveler constamment, tellement pour certains les embûches sont réelles et nombreuses.
Le décrochage est une décision que l'on prend, à un moment donné, de ne plus persister dans son cheminement scolaire.
Ces considérations comportent deux exigences, qui demandent d'aller au-delà des statistiques, pour mieux comprendre le phénomène. La première de ces exigences a trait à la façon dont chaque jeune vit - ou subit - son parcours, réalise ou non des réussites (Il ne peut y avoir de persévérance en l'absence de réussites), construit ou anéantit ses aspirations et par-delà, son orientation, résout ou non ses problèmes de motivation, d'apprentissage et de vie, qui sont étroitement liés. Mais la persévérance n'a pas qu'une dimension personnelle, individuelle.
Il faut donc, deuxième exigence, recourir à une approche globale, systémique et écologique de la réussite, de façon à pouvoir mieux identifier, dans la réussite comme dans les échecs, ce qui relève de l'effet famille, de l'effet classe, de l'effet école -cette boîte noire qu'on n'ose pas ouvrir, de l'effet culturel, soit ce qui se passe dans la communauté, et de l'effet politique, c'est-à-dire les décisions que les établissements prennent ou ne prennent pas, les dispositifs qu'ils mettent en place, et la vision et le soutien que les décideurs affichent et consentent, afin de pouvoir intervenir de façon plus pertinente sur les déterminants de la réussite.
Il s'agit d'une tâche complexe et considérable, par-dessus laquelle on passe souvent, préférant imputer la faute à tel ou tel environnement.
2. LES CHOIX À FAIRE
On fait les mauvais choix, quand on ne dispose pas d'une bonne compréhension de la réalité. La persévérance étant une attitude à soutenir, dans tous les environnements que fréquentent les jeunes, quels facteurs de protection devons-nous mettre en place, dans chacune de ces environnements, contre quels facteurs de risque qui, accumulés, conduisent au décrochage ?
La réponse à cette question implique une lecture très fine des cheminements scolaires. Par exemple :
- Comment, quand et sur quoi intervenir pour réduire le nombre de ceux et de celles qui arrivent au secondaire, au collège ou à l'université sans les acquis suffisants ?
- Quels défis d'apprentissage présentent des défis plus grands pour certaines catégories d'élèves ?
- Comment combler le déficit culturel, dans certains milieux, à l'égard de l'importance de la scolarisation ?
- Quels modes d'apprentissage, quels modèles d'accompagnement, quel soutien aux familles sont les plus appropriés? Et beaucoup d'autres questions qui découlent d'un portrait et d'une analyse de la situation.
3. LES NIVEAUX ET LES TYPES DE COLLABORATION
Faisons l'hypothèse que tous les milieux fréquentés par les jeunes se sentent concernés par la persévérance et la réussite scolaires et cela, pour plusieurs raisons qu'il convient de dramatiser, à cause de l'ampleur du phénomène. Parmi celles-ci :
- l'éducation est le principal levier pour l'épanouissement personnel et l'insertion sociale;
- une pénurie de main d'œuvre spécialisée est appréhendée, alors que l'économie reposera de plus en plus sur le savoir;
- une culture et même un cycle de la pauvreté sont en voie de s'installer dans certains milieux.
Les conséquences prévisibles d'un déficit de scolarisation sont l'hypothèque qui pèsera sur les générations futures, un dénigrement croissant du système public d'éducation, une baisse de l'estime collective de soi (un peuple de loosers), une augmentation du taux d'endettement des jeunes et un appauvrissement culturel de toute la société.
Les interventions à privilégier, si on veut décupler leur impact :
- Pourraient-elles être établies davantage en continuité, de même que les services offerts aux jeunes ?
- L'intégration des parents dans toutes les initiatives prises à l'endroit des jeunes est-elle un incontournable ?
- La marge de manœuvre laissée aux communautés de proximité des jeunes est-elle suffisante pour qu'elles aient le goût de s'engager ?
4. DES CONDITIONS GAGNANTES
J'en suggère quatre, qui me semblent plus déterminantes :
- partir d'une lecture partagée des données disponibles et élaborer un portrait et une analyse suffisamment étoffés pour saisir les problèmes mais aussi les opportunités et identifier les ressources présentes;
- associer tous les partenaires concernés tout au long de la démarche d'élaboration d'un plan d'action régional, donc dès le début, sur une base égalitaire, même s'ils ne disposent pas d'un niveau équivalent de moyens : c'est la mise en commun des expertises diverses qui compte;
- au-delà de se rencontrer pour échanger, s'engager à faire ensemble;
- évaluer les projets et les actions à long terme, afin de savoir ce qui fonctionne et pourquoi.
Ces conditions, pour porter fruits, supposent à leur tour :
- la meilleure concertation régionale et locale;
- l'établissement d'un plan de réussite global et collectif, soit au-delà du seul secteur scolaire, et même une gouverne en conséquence : pluralité de décideurs et partage du pouvoir;
- les investissements dédiés en priorité auprès et en soutien de ceux qui interviennent en première ligne auprès des jeunes, dans tous les environnements que ceux-ci fréquentent;
- mais d'abord et avant tout, s'assurer que les jeunes soient au centre ou le centre de nos projets et qu'on privilégie l'accompagnement personnalisé ou à taille humaine, de même qu'un suivi constant, selon différentes formules ou différents modèles qui appellent une rupture avec le modèle uniforme traditionnel.
L'expérience nous apprend - et les études le confirment - que des personnes significatives sont nécessaires pour aider les jeunes à forger leur identité et leur orientation, et ces personnes peuvent agir dans la famille, dans la communauté, dans une entreprise ou un milieu de travail, et bien sûr dans l'école. Puissions-nous mobiliser leur savoir et leurs passions au bénéfice des jeunes.
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